Laurent Koudou Gbagbo, né le 31 mai 1945 à Gagnoa, est un homme politique ivoirien, historien de formation, ancien président de la République, et l’un des opposants les plus marquants de l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire. Charismatique, résistant, souvent controversé, il incarne depuis plusieurs décennies une vision alternative du pouvoir et de la souveraineté africaine.rfi
Formation et débuts dans l’enseignement
Issu d’un milieu modeste, Laurent Gbagbo poursuit ses études avec ténacité. Il décroche un doctorat en histoire à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. De retour en Côte d’Ivoire, il devient enseignant-chercheur à l’Université d’Abidjan dans les années 1970. Mais rapidement, sa passion pour l’histoire croise la politique.
Ses prises de position contre le régime en place, alors dirigé par Félix Houphouët-Boigny, le placent dans le camp de l’opposition clandestine. Il milite dès cette époque pour la démocratie, le multipartisme, et la justice sociale. rfi
L’opposant historique au régime de parti unique
Dans un contexte de parti unique, Gbagbo fonde en 1982 le Front Populaire Ivoirien (FPI), un parti politique alors interdit. Militant infatigable, il est arrêté et emprisonné à plusieurs reprises pour ses opinions, notamment en 1988.
Son combat contribue à la chute du monopartisme et à l’introduction du multipartisme en 1990. Cette année-là, il se présente à l’élection présidentielle contre Houphouët-Boigny, un acte courageux à l’époque. Battu mais visible, il incarne la montée d’une opposition crédible.
En 1992, sous le régime de Henri Konan Bédié, il est de nouveau arrêté pour avoir participé à une marche de protestation. Cette période renforce son image de résistant au pouvoir dominant.

Accession à la présidence
En octobre 2000, à la suite de l’éviction du général Robert Guéï, Gbagbo est élu président de la République de Côte d’Ivoire au terme d’un scrutin marqué par des tensions. Son arrivée au pouvoir marque une rupture avec les décennies précédentes, dominées par le PDCI.
Mais le pays plonge dans une crise majeure : en septembre 2002, une tentative de coup d’État évolue en guerre civile. Le pays se retrouve divisé : Des Forces Nouvelles contrôlent le nord, tandis que Gbagbo conserve le pouvoir au sud. Cette crise dure jusqu’à la signature de l’accord de Ouagadougou en 2007.

La crise post-électorale et la CPI
En 2010, il se représente face à Alassane Ouattara. Le second tour de l’élection présidentielle se transforme en une grave crise post-électorale. Les deux camps se proclament vainqueurs. Gbagbo est arrêté en avril 2011.
Transféré à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, il devient le premier chef d’État en exercice jugé par cette cour. Il y reste détenu jusqu’à son acquittement définitif en 2019.

Le retour au pays et la création du PPA-CI
En 2021, Laurent Gbagbo rentre triomphalement en Côte d’Ivoire. Il tourne la page du FPI, désormais dirigé par d’autres, et fonde un nouveau parti : le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI). Ce mouvement se veut panafricain, progressiste et résolument tourné vers la réconciliation et la souveraineté.

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Une nouvelle bataille politique en 2025
Malgré une condamnation judiciaire en 2018 le rendant inéligible, Gbagbo est investi candidat à la présidentielle de 2025 par le PPA-CI. Pour soutenir cette candidature, un mouvement citoyen est lancé en avril 2025 : « TROP C’EST TROP ».
Ce mouvement a pour but de dénoncer les blocages institutionnels, les exclusions politiques, et de revendiquer un processus électoral juste et ouvert. Il est porté non seulement par le PPA-CI, mais aussi par le PDCI-RDA et les partisans de Guillaume Soro, créant ainsi une coalition de poids contre le régime en place.

Une alliance inattendue avec Guillaume Soro
Malgré leur passé tendu, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro affichent en 2025 une volonté d’union politique. Ensemble, ils appellent à une élection transparente, inclusive et apaisée. Ce rapprochement stratégique marque un tournant dans la configuration de l’opposition ivoirienne.
Un homme politique hors norme
Figure emblématique, Gbagbo fascine autant qu’il divise. Il est tour à tour perçu comme un symbole de résistance, un intellectuel engagé, un orateur redoutable, ou encore un acteur controversé de la politique africaine. Ses discours, souvent enflammés, touchent une base populaire fidèle et mobilisée.
Son engagement, sa longévité et son parcours judiciaire font de lui une figure unique en Afrique francophone.
Une influence intacte
Laurent Gbagbo reste un acteur incontournable du débat public ivoirien. Malgré l’âge, les procès et les exclusions, il incarne encore une voix forte pour une large partie de la population. Son avenir politique demeure incertain, mais son influence, elle, est toujours bien présente.
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