Origines et débuts
Akson Dona, de son vrai nom Kouassi Aké Donatien, est un chanteur ivoirien originaire d’Agboville, dans le sud de la Côte d’Ivoire. Issu de l’ethnie Abbey, il grandit au cœur de cette culture akan et s’en imprègne profondément. Dès l’adolescence, malgré un handicap physique qui aurait pu être un frein, le jeune Aké Donatien se passionne pour la musique. À 15 ans à peine, il intègre des orchestres locaux et n’hésite pas à parcourir de nombreux kilomètres pour chanter lors de petites scènes de villages, déterminé à faire entendre sa voix. Il puise ses inspirations aussi bien dans la tradition musicale Abbey que dans le bouillonnement du coupé-décalé ivoirien des années 2000. Cette double influence forgera son identité artistique singulière : celle d’un artiste qui marie la culture Abbey aux rythmes urbains d’Abidjan.
Dès ses débuts, Akson Dona se distingue par son envie de valoriser sa langue et sa culture. Il est ainsi reconnu comme le concepteur de l’“Atalaku en Abbey”, c’est-à-dire l’introduction du style d’animation “atalaku” (proche du chant d’appel-réponse prisé en Afrique centrale et dans le coupé-décalé) dans la langue Abbey news.abidjan.net. Cette innovation lui permet de se faire un nom localement, auprès d’un public heureux de voir leur patrimoine linguistique mis en musique moderne. Son énergie sur scène et son surnom de “Shiwowo Inter” (surnom qu’il adopte plus tard) fédèrent rapidement un public de fans qu’il appelle affectueusement les “Shiwintins”. Porté par cet élan, Akson Dona commence à se produire dans toute la région d’Agnéby-Tiassa, devenant l’un des ambassadeurs de la musique Abbey.
Premier album et révélation
Fort de son expérience scénique, Akson Dona enregistre un premier album intitulé La Renaissance (sorti au début des années 2010). Ce premier opus jette les bases de son style : on y retrouve le mélange de coupé-décalé entraînant et de sonorités traditionnelles Abbey. Les chansons sont dansantes tout en mettant en avant des refrains dans sa langue maternelle. La Renaissance rencontre un écho favorable dans sa région natale, posant les jalons d’une carrière prometteuse.
En 2013, Akson Dona confirme l’essai avec un second album, Confirmation, qu’il présente officiellement lors d’un concert dédié à la salle des fêtes de la mairie d’Agboville. L’album Confirmation, comportant 8 titres, le propulse sur le devant de la scène locale. Surtout, il y dévoile un nouveau concept musical et dansant intitulé “Rônin rôrê rôrô”, une expression en langue Abbey qui signifie « le pangolin est mort sur le palmier ». Ce concept, aux allures de slogan festif, donne son titre phare à l’album et assoit la réputation d’Akson Dona comme artiste créatif et fier de son héritage. Sur Confirmation figurent des morceaux marquants tels que “Offo”, “Réconciliation” ou encore “Rônin rôrê rôrô”, aux mélodies accrocheuses qui séduisent le public présent lors de la dédicace de l’album. Grâce à ce succès d’estime, Akson Dona gagne en notoriété dans le milieu musical ivoirien émergent.
Ce deuxième opus est une véritable révélation pour l’artiste. Conscient de sa différence physique, il s’est investi corps et âme pour offrir une production de qualité, résolu à prouver que le talent surpasse les obstacles. Son handicap ne l’a pas empêché de développer une présence scénique remarquable, et il en fait même une source d’inspiration : lors de ses prestations, il dégage une énergie communicative, symbolisant une joie de vivre et une combativité qui impressionnent ses pairs. À la suite de Confirmation, Akson Dona reçoit le soutien de figures établies. La chanteuse Yiwoyè Bernadette, originaire d’Agboville, devient sa marraine artistique, et l’humoriste-chanteur Le Magnifik ainsi que d’autres artistes de la région lui apportent également leur appui. Ces encouragements renforcent Akson Dona dans sa vocation.
Parcours artistique et évolution
Après Confirmation, Akson Dona nourrit l’ambition d’élargir son audience au-delà du seul peuple Abbey pour toucher le public national ivoirien. Sa musique, initialement prisée dans sa communauté, commence à s’exporter dans d’autres régions du pays grâce au bouche-à-oreille et à quelques passages médiatiques. L’artiste participe à diverses manifestations culturelles, notamment des festivals et des concerts à Abidjan où il représente fièrement les couleurs de l’Agnéby-Tiassa. Il devient aussi un acteur incontournable des événements communautaires Abbey (comme la Fête des Ignames, fête traditionnelle) où son titre Atalaku en Abbey fait fureur dans les danses locales.
Parallèlement, Akson Dona s’implique dans la structuration du milieu musical de sa région. Il prend la tête de l’Association des artistes du département d’Agboville, témoignant de l’estime que lui portent ses confrères et des responsabilités qu’il endosse pour promouvoir la culture locale scoopernews.com. Dans ce rôle, il œuvre pour la reconnaissance des artistes Abbey et Krobou, et facilite l’organisation de spectacles, y compris au-delà des frontières ivoiriennes. En juillet 2024, par exemple, il fait partie des sept artistes sélectionnés pour représenter le terroir Abbey lors d’une grande nuit culturelle à Paris, aux côtés d’autres talents locaux. Cette reconnaissance internationale de la musique Abbey doit beaucoup aux efforts d’Akson Dona pour professionnaliser son art et encourager ses pairs à produire des albums afin d’être éligibles aux scènes internationales.
Malgré une présence moins médiatisée dans la seconde moitié des années 2010, Akson Dona ne s’éloigne jamais de la musique. Il sort ponctuellement des singles engagés. On se souvient notamment d’un titre de sensibilisation baptisé “Stop Corona” en 2020, qui visait à éduquer la population sur les gestes barrières pendant la pandémie de Covid-19. De même, sa chanson “Aidez-nous” évoque avec émotion la condition des personnes en situation de handicap, appelant la société à plus de soutien et d’inclusion. Akson Dona fait de son parcours personnel une force motrice pour inspirer les autres – en particulier les jeunes handicapés – à poursuivre leurs rêves. Pour lui, « le handicap ne doit pas être une fatalité ni un frein », un message qu’il véhicule tant dans ses interviews que dans ses textes de chanson.
Le grand retour avec Victoire
En 2025, après plusieurs années de relatif silence discographique, Akson Dona signe son grand retour sur le devant de la scène ivoirienne. Le 14 juin 2025, il dévoile un nouvel album intitulé Victoire, véritable symbole de renaissance pour sa carrière. Ce troisième album studio, sorti sous le label M2G Production, porte bien son nom : il marque la victoire de l’artiste sur les épreuves et consacre son talent retrouvé. Victoire comporte 12 titres inédits et a bénéficié d’une production soignée ainsi que d’un casting de prestige. En effet, Akson Dona s’est entouré de collaborateurs de renom de la musique ivoirienne pour donner davantage d’ampleur à son œuvre. On y retrouve par exemple le chanteur Pat Sako (du groupe Espoir 2000) en invité sur le titre “Ma Vie”, une collaboration notable qui mélange la voix Zouglou de Pat Sako à l’univers Abbey d’Akson Dona music.apple.com. De même, la chanteuse Bénédiction – autre étoile montante originaire d’Agboville – partage le micro avec lui sur “Abbey Djélé”, tandis que DJ Blocko Nini apparaît sur le morceau festif **“L’Alcool”. Ces featurings apportent une diversité de styles à l’album et permettent à Akson Dona de toucher un public élargi.
Musicalement, Victoire reste fidèle à l’ADN d’Akson Dona tout en montrant une maturité acquise. Des titres comme “Atalakou Abbey” (décliné ici en version modernisée) ou “Diyalê” font honneur aux rythmes traditionnels Abbey et à la danse, tandis que “Handicapé” est une chanson émouvante dédiée aux personnes vivant avec un handicap, dans laquelle l’artiste encourage à ne pas baisser les bras. Le morceau “Maman Agnès” constitue un autre temps fort de l’album : il s’agit d’un hommage touchant à sa mère (ou à une figure maternelle importante), où Akson Dona exprime sa gratitude et sa peine face à l’absence. À travers Victoire, l’artiste aborde ainsi des thèmes variés allant de la fête et de la célébration de son identité (Atalakou Abbey, Agneby Djélé) à des sujets de société plus profonds (Handicapé, L’Alcool, Réconciliation), en passant par l’intime et l’autobiographique (Ma Vie, Maman Agnès). L’album est accueilli chaleureusement par ses fans, heureux de retrouver le “Shiwowo Inter” au sommet de son art, et permet à de nouveaux auditeurs de découvrir son univers. Disponible sur les principales plateformes de streaming (on peut citer notamment Spotify et YouTube où l’album est mis en écoute intégrale), Victoire redonne à Akson Dona une visibilité nationale bien méritée.
(Pour écouter Victoire en intégralité : l’album est accessible en ligne sur des plateformes comme Spotify ou sur YouTube.)
Style musical et thèmes abordés
Le style d’Akson Dona est souvent défini comme un coupé-décalé “traditionnalisé”, c’est-à-dire un savant mélange entre la musique urbaine dansante de Côte d’Ivoire et les sonorités, instruments et chants traditionnels Abbey. La plateforme Music in Africa le décrit d’ailleurs comme « un chanteur ivoirien évoluant dans le registre du coupé-décalé » et rappelle qu’il est « à l’origine du concept ‘le ronin rorero’ » qui a fait sa particularité. En pratique, Akson Dona chante en français, en Abbey et parfois en nouchi (argot ivoirien), ce qui lui permet de faire passer ses messages auprès de différents publics.
Découvez la biographie d’autres artistes zouglou
Un trait marquant de son œuvre est la mise en valeur de la culture Abbey. Que ce soit par des interjections, des proverbes (à l’image de “Rônin rôrê rôrô” signifiant *« le pangolin est mort sur le palmier ») ou par le choix de thématiques ancrées dans son terroir, Akson Dona célèbre ses racines. La fierté ethnique et culturelle est un thème central chez lui : ses chansons invitent les Abbey – et plus largement les Ivoiriens – à être fiers de leur identité. Par exemple, “Abbey Djélé” est un titre qui signifie “la voix/les nouvelles des Abbey” et sert de cri de ralliement pour sa communauté. De même, “Atalakou Abbey” propose de mettre en lumière les personnalités et coutumes locales via le style éloge typique de l’atalaku.
Cependant, l’artiste ne se limite pas aux chants festifs ou identitaires. Les messages sociaux et personnels traversent également sa discographie. Le morceau “Handicapé”, sorti en 2025, est sans doute l’un des plus personnels : Akson Dona y parle en connaissance de cause, encourageant les personnes handicapées à garder espoir et affirmant que le regard de la société doit évoluer (le refrain adresse un message d’espoir aux “handicapés du monde entier”, déclarant qu’il ne faut « plus pleurer » et que chaque être humain a sa dignité). Dans “Réconciliation”, il aborde le thème de l’unité et de la paix – un sujet particulièrement important dans la Côte d’Ivoire post-crise de 2010-2011. La chanson “L’Alcool” délivre quant à elle un avertissement sur les dangers de l’abus d’alcool, preuve de la volonté de l’artiste de toucher à des problèmes de société concrets. Enfin, “Conseils” est un titre dans lequel Akson Dona partage des leçons de vie et des recommandations, un peu à la manière d’un aîné qui guide la jeunesse. Ainsi, l’engagement et la conscience sociale font partie intégrante des thèmes qu’il aborde dans sa musique, aux côtés de l’amour et de la famille (on l’a vu avec Maman Agnès). Cette palette thématique variée rend ses chansons à la fois divertissantes et porteuses de sens.
Musicalement, Akson Dona s’appuie beaucoup sur des arrangements modernes tout en incorporant des instruments traditionnels (tam-tams, percussions locales) et des danses folkloriques dans ses clips ou spectacles. Son slogan “Abbey avec fierté” revient souvent, illustrant parfaitement son état d’esprit : faire danser tout en éduquant, et représenter les siens avec honneur.
Impact, engagements et vie personnelle
Grâce à sa persévérance, Akson Dona s’est imposé comme une figure importante de la scène musicale régionale en Côte d’Ivoire. S’il n’a pas (encore) remporté de distinction musicale nationale majeure, son impact se mesure autrement. Il a ouvert la voie à la popularisation de la musique Abbey dans le paysage ivoirien dominé par le coupé-décalé, le zouglou ou le reggae. En mêlant langue Abbey et rythmes modernes, il a prouvé que les cultures locales pouvaient trouver une place sur les ondes et dans les clubs. Son succès a inspiré d’autres jeunes artistes issus d’Agboville et des alentours à revendiquer leur identité culturelle dans leurs œuvres. Aujourd’hui, aux côtés d’artistes comme Yiwoyè Bernadette, Marcelline C., Chantale Béhi ou Mireille Betty, Akson Dona « enrichit la voûte musicale de la région » Agnéby-Tiassa par son talent et sa créativité.
Dans la communauté Abbey elle-même, Akson Dona est devenu une icône de fierté. On le surnomme parfois “le roi de l’Atalaku Abbey” pour avoir su porter haut les couleurs de sa culture. Sa musique accompagne les célébrations communautaires, les mariages, les fêtes traditionnelles – à tel point que certaines de ses expressions en Abbey sont passées dans le langage courant des jeunes de la région. En tant que président de l’Association des artistes d’Agboville, il sert de relais entre les artistes locaux et les autorités, plaidant pour plus de soutien à la production musicale hors d’Abidjan. Son rôle associatif témoigne de son engagement à faire grandir la scène culturelle de sa région natale et à créer des opportunités pour les talents émergents, y compris en facilitant leur participation à des événements internationaux.
Sur le plan personnel, Akson Dona est également un modèle de résilience. Son parcours de vie – surmonter le handicap, persévérer dans la musique malgré les obstacles financiers et physiques – est souvent cité en exemple. L’artiste n’hésite pas à s’engager dans des actions sociales : il a participé à des campagnes de sensibilisation sur le handicap et l’accessibilité, encourageant l’insertion des personnes handicapées dans les métiers de l’art. De plus, comme évoqué précédemment, il a mis son talent au service de causes sanitaires (chanson Stop Corona). Ces engagements lui valent le respect bien au-delà du cercle musical.
Côté vie privée, Akson Dona est connu pour être quelqu’un de simple et de très attaché à sa famille. En 2023, il a officialisé son union lors d’un mariage civil, une nouvelle qui a été largement saluée par ses fans et ses pairs sur les réseaux sociaux (« Félicitations au grand artiste Abbey Akson Dona ! Toutes nos pensées positives à toi et ton épouse pour cette nouvelle étape de votre vie » pouvait-on lire sur une page communautaire). L’artiste reste discret sur sa vie de couple, mais il n’hésite pas à remercier souvent sa femme pour son soutien indéfectible. Il considère par ailleurs que le bonheur de ses proches et de son public est sa plus belle récompense dans ce métier.
En rétrospective, le parcours d’Akson Dona illustre parfaitement la devise “la marche continue”. Parti d’Agboville avec une passion et un rêve, il a su imposer son style et transcender les barrières, qu’elles soient culturelles ou physiques. Sa biographie est celle d’un artiste complet : à la fois chanteur, auteur-compositeur (tous ses titres sont écrits et composés par lui, sous son nom civil Aké Donatien Kouassi) et porte-parole d’une culture. Akson Dona a incontestablement marqué de son empreinte la musique ivoirienne contemporaine en y apportant la voix de l’Abbey. Avec Victoire, il entame un nouveau chapitre que l’on espère couronné de succès et de reconnaissance à l’échelle de tout le pays, voire au-delà.
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